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Transatlantic Blog

Les manifestants français demandent : « la mort des taxes »

Par le père Ben Johnson. Translated into French by Etienne Chaumeton.

Alors que des Américains repus se mettaient à table pour célébrer Thanksgiving et énumérer leurs bénédictions, des manifestants furieux se réunissaient sur les carrefours et les ronds-points à travers la France pour mesurer le coût de la taxe punitive d’Emmanuel Macron sur le carburant. Cette révolte sans leader a poussé des centaines de milliers de personnes dans les rue – à pieds, naturellement – et a fait de la France, peut être l’endroit du monde où l’on s’y attendait le moins, l’endroit où des citoyens demandent « la mort des taxes ».

C’était l’une des demandes écrites sur les pancartes brandies par le mouvement «gilets jaunes» (du nom des gilets jaunes que les conducteurs français doivent porter en cas de panne).

Les manifestations, qui devraient durer une journée, ont duré toute la semaine. Le 17 novembre, 244 000 manifestants ont érigé 2 000 barrages routiers à travers le pays. Les estimations des manifestants du samedi suivant vont de 81 000 à 106 000, y compris 8 000 manifestants sur les Champs-Elysées.

Lorsque quelques délinquants ont rendu les manifestations violentes, la police a répondu avec des gaz lacrymogènes. Pendant ce temps, des politiciens de tous les partis d’opposition se sont empressés de revendiquer la paternité du mouvement populaire qui crée un consensus national: les taxes excessives imposées par le gouvernement sur l’essence et le diesel nuisent aux familles.

Un problème qu’il a lui-même causé

À l'instar de ses voisins, le gouvernement français avait déjà utilisé des taxes et des incitations pour «pousser» les Français à abandonner l'essence au profit du diesel. Selon des scientifiques, le diesel émet moins de dioxyde de carbone que l'essence. Les incitations ont fonctionné et, en 2013, les deux tiers de toutes les nouvelles voitures en France roulaient au diesel.

Mais ensuite les gouvernements européens ont appris que, si le diesel émet moins de CO2, il libère des quantités beaucoup plus élevées d’autres particules. Maintenant, le gouvernement corrige un problème qu'il a lui-même causé en taxant à la fois le diesel et l'essence. L'année dernière, le président Macron a annoncé que le gouvernement envisageait de mettre fin à la vente de véhicules à essence ou à diesel d'ici 2040.

En attendant, il a augmenté le fardeau fiscal. L'essence coûte 1,64 euro le litre à Paris. Les prix du diesel vont être taxés presque au même niveau. Le gouvernement estime que les taxes représentent 60% du coût total du carburant.

Les taxes sur le carbone continuent de s'accumuler sans fin. Selon le New York Times, «le fardeau fiscal a augmenté d'environ 25 milliards d'euros par an entre 2002 et 2017». Les taxes ont augmenté cette année et le gouvernement prévoit de hausser à nouveau les taxes sur le carburant au début de l'année 2019 (de 6,5 cents supplémentaires par litre pour le diesel et 2,9 cents le litre pour l’essence).

Les autorités espèrent que cette décision forcera les Français à réduire leur empreinte carbone et à passer du diesel, l’achat encouragé hier, aux voitures électriques et hybrides. Au lieu de cela, les citoyens ont manifesté publiquement leur souffrance et leur indignation.

  • Un père de sept enfants, qui gagne 1 500 euros par mois, a déclaré qu’il était « malade d’être taxé pour tout »;
  • Un entrepreneur qui doit parcourir de grandes distances pour son travail s’est interrogé « Il nous semble que le gouvernement ne fait que maintenir ses propres privilèges… Pourquoi devrions-nous financer leurs projets?»
  • Une femme de 21 ans a constaté: «Ils nous prennent tout. Ils nous volent tout »; et
  • 860 000 personnes ont signé une pétition sur Change.org afin de réduire la taxe sur l'essence.

Même l’homme politique d'extrême gauche Jean-Luc Mélenchon a déclaré: "Quand l'impôt n'est plus accepté, c'est le début des révolutions en France".

Personne ne peut douter de la puissance de cette révolte populiste, à commencer par Macron, dont le taux de soutien a chuté autour des 20%. Comment son gouvernement a-t-il réagi?

Macron a déclaré cette semaine que les manifestations avaient créé "une crise morale" de "démagogie ambiante". Parfois, il a confondu le mouvement indéniablement populaire avec une petite fraction d'extrémistes qui ont participé aux manifestations. Il a hésité entre la reconnaissance de la détresse des manifestants et la dénonciation des "délinquants" qui "veulent détruire et semer le désordre".

Mais sur le motif de la révolte, il refuse de bouger. «Nous ne devons pas changer de cap, car l’orientation politique est juste et nécessaire», a déclaré Macron.

Au lieu de cela, il a promis d'envoyer son ministre de l'Environnement rencontrer les manifestants. Et il a promis des incitations fiscales renforcées pour l'achat de nouvelles voitures électriques.

"Nous ne pouvons pas acheter de nourriture à la fin du mois, mais nous allons acheter une voiture électrique?" s’est interrogé une femme de 45 ans piquée au vif.

Le bourbier moral de Macron

C'est en effet, une crise morale. L’autorité du gouvernement a été mise à contribution pour «pousser» une population réticente à atteindre les objectifs fixés par les dirigeants politiques. Le fardeau fiscal imposé par le gouvernement est si lourd qu'un nombre croissant de familles ne peuvent pas subvenir à leurs autres besoins légitimes. La Fondation iFRAP, think tank libéral, explique que la France a déjà l'un des niveaux d'émissions de CO2 les plus faibles de tous les pays industrialisés - et qu'une grande partie de la taxe sur le carbone est affectée au fonds général du gouvernement, sans être affecté au développement d’énergies alternatives.

De plus, les dirigeants politiques refusent d’écouter la voix des gouvernés qui plaident en faveur d’un soulagement fiscal.

Les taxes oppressives entravent l'épanouissement de l'homme. Les élites impopulaires qui méprisent les appels de leur peuple en souffrance afin d'engraisser les coffres du gouvernement pourraient créer un clivage explosif dans la société française.

L'histoire biblique de Roboam montre à quel point une fiscalité excessivement sévère peut diviser un peuple. L'histoire française fournit son propre exemple d'un monarque qui a cruellement ignoré le sort des affamés. Cette histoire aussi s'est mal terminée.

Un marché libre permet aux gens de poursuivre leurs propres objectifs, en accord avec leurs propres valeurs. L’empreinte carbone déjà faible des Français témoigne de la valeur qu’ils attachent à l’environnement. L’économie humaine valorise ces personnes et leurs familles, avant tout.

Article original : French protesters demand: ‘Death to taxes’

(Photo credit: Florian Pépellin. This photo has been cropped. CC BY-SA 4.0.)


Rev. Ben Johnson is a senior editor at the Acton Institute. His work focuses on the principles necessary to create a free and virtuous society in the transatlantic sphere (the U.S., Canada, and Europe). He earned his Bachelor of Arts in History summa cum laude from Ohio University and was inducted into Phi Beta Kappa.